On ne peut pas lutter contre le système de J. Heska

24 Jan
Éditions Seconde Chance - 2012 - 336 pages

Éditions Seconde Chance – 2012 – 336 pages

Le système financier mondial vient de s’écrouler. Il ne s’en relèvera pas, plongeant toute une civilisation dans le chaos.

Lawrence Newton a accepté sa destinée. Il a renoncé à ses espoirs, à ses convictions, et à l’amour de sa vie pour suivre les traces de son père au sein du consortium HONOLA. Samson Bimda est le chef d’un village au nord de l’Ouganda. Les semences OGM vendues par la compagnie ruinent ses champs et ne lui permettent plus d’assurer sa subsistance. Clara, Hakim et Louise sont trois militants au sein du mouvement écologiste GreenForce. Au hasard d’une de leurs actions, ils tombent sur des documents compromettants qui vont les dépasser.

À la veille du plus grand sommet européen déterminant l’avenir de millions de personnes, chacun doit défendre ses intérêts, quitte à en payer le prix le plus lourd.

Mon avis

Depuis un an ou deux, j’ai pris, en quelque sorte (meaning : officieusement), la résolution d’oser davantage dans la vie, d’essayer de nouvelles choses, de sortir de ma zone de confort en somme. Le rapport avec ce livre ? Non, je n’ai pas décidé de me mettre à lutter activement contre le système, malheureusement. Seulement, je n’avais jamais participé à un livre voyageur et voilà que J. Heska a proposé d’en faire un spécialement pour le Québec pour son roman On ne peut pas lutter contre le système. J’ai hésité un peu, mais devant l’opinion généralement favorable de plusieurs internautes, j’ai décidé de sauter le pas et de tenter l’aventure ! Bon, certes, on a déjà vu plus audacieux comme nouvelle expérience, mais il faut bien commencer quelque part.  Et comme on dit, petit train va loin !

Alors tout d’abord, commençons par l’objet livre en lui-même. J’aime beaucoup la couverture, elle dégage un certain je-ne-sais-quoi… d’inquiétant, de fin du monde, de funeste. D’une certaine façon, elle me fait penser à celle du livre Le Vide de Patrick Senécal. Cependant, le fait que le nom de l’auteur ne soit pas inscrit sur la couverture mais uniquement sur la tranche me perturbe à chaque fois que je la regarde. Cela donne une couverture étrangement dénudée et un peu inachevée. Il faut néanmoins avouer que ça a le mérite de la rendre intrigante et de la faire sortir du lot.

Venons-en à l’histoire maintenant. L’auteur aborde une multitude de sujets, comme l’économie, l’écologie et la politique, et mêle plusieurs genres (thriller, un peu de science-fiction et de philosophie, aventure), mais cet amalgame reste somme toute cohérent, les thèmes choisis allant souvent de pair. J. Heska traite de sujets complexes sans toutefois s’engoncer dans des explications détaillées, ce qui est à la fois positif et négatif. C’est bien parce que, pour le lecteur qui ne connaît rien à des sujets comme la finance ou les OGM, se faire expliquer des sujets de ce genre (comme la titrisation de dettes qui demande la connaissance d’autres concepts financiers au préalable) au travers d’un roman ne serait pas nécessairement folichon. Cependant, ceux qui ont déjà de bonnes connaissances dans ces domaines et/ou les curieux y trouveront peut-être un goût de trop peu. Pour ma part, je dirais que je me situe entre ces deux « extrêmes », donc cela ne m’a pas dérangé. L’auteur a fait le choix de ne pas faire de son roman un écrit de vulgarisation et, de mon côté, je pense que c’est une bonne décision.

Malheureusement, l’histoire s’avère au final un peu abracadabrante. Les personnages principaux semblent pour la plupart invincibles (oui, ils subissent des blessures, mais ils s’en remettent assez rapidement). On assiste à un complot qui, selon moi, ne fonctionnerait pas dans la vie réelle. Plus il y a de gens impliqués dans une conspiration (volontairement ou non), plus il est difficile que ladite conspiration fonctionne. Or, il y a justement beaucoup de personnes qui sont mêlées à cette histoire, donc il est à mes yeux (avis totalement personnel) improbable que l’instigateur ait réussi à faire ce qu’il a fait. L’histoire manque donc un peu de réalisme. Toutefois, la révélation finale concernant l’identité de l’instigateur en question m’a vraiment surprise, je ne m’y attendais pas du tout. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé l’épilogue. Non seulement on découvre qui est l’instigateur, mais en plus, l’auteur nous repasse certaines scènes sous un nouveau éclairage, ce qui fait qu’on comprend tout !

Pour ce qui est des personnages, j’ai trouvé Newton attachant, même si je ne suis pas d’accord avec sa décision. [Attention spoiler] Les crises financières qui se sont produites ces dernières années montrent qu’il ne suffit pas de faire tomber le système pour qu’il change. À presque tous les égards, notre système est resté pareil à ce qu’il était avant les crises. Faire ainsi crasher le système s’apparente plutôt à mes yeux à une vengeance personnelle de Newton envers son père et HONOLA, mais bon, ça c’est mon interprétation bien à moi. [Fin du spoiler] Malgré ça, je l’ai bien aimé, ce Newton, il a quelque chose de faillible qui le rend humain. À vrai dire, je crois que c’est le seul personnage auquel je me suis vraiment attaché. Je n’ai rien ressenti de particulier pour le personnage de Claire. Hakim et Louise ne m’ont pas marquée (en fait, j’ai trouvé Louise un peu tête à claques) et les autres personnages sont trop peu présents pour que l’on puisse se lier à eux (mais j’ai bien aimé Marty McFly par contre ^^).

Au niveau de la structure du récit, je suis partagée. La présence de flashbacks, de va-et-vient dans le temps et de chapitres sous différentes formes permettent à l’histoire de ne pas être trop linéaire. Cependant, j’ai trouvé que certains chapitres étaient mal mis en contexte du fait qu’ils n’étaient pas présentés de façon chronologique. De plus, je n’ai personnellement pas apprécié les chapitres « journalistiques ». J’ai trouvé qu’ils n’avaient pas un ton réaliste (peut-être à cause de la retranscription par écrit de nouvelles « initialement » télévisées). Pour ce qui est des dialogues, j’ai eu à plusieurs reprises de la difficulté à déterminer qui parlait, ce qui est plutôt gênant. À noter également la présence de quelques coquilles ici et là qui, sans gâcher la lecture, agacent toujours un peu l’oeil.

Bref, on a là une histoire aux multiples facettes en ce qui a trait aux thèmes et aux genres, avec un personnage principal quand même attachant, mais le récit souffre cependant d’un certain manque de réalisme et d’une structure qui ne m’a pas pleinement convaincue. Néanmoins, même si mon verdict semble plutôt négatif, j’ai dans les faits passé un sympathique moment. Ça se lit bien, le suspense est au rendez-vous (un peu moins sur le début, mais c’est normal) et malgré les thèmes abordés, on n’a pas l’impression de se faire faire la morale. À lire, donc, si l’économie, l’écologie et la politique ne vous rebutent pas et que vous avez envie d’une petite lecture pas trop prise de tête ! Je remercie chaleureusement J. Heska d’avoir permis à son livre de voyager ainsi jusqu’au Québec et merci également à la personne qui me l’a fait parvenir. Présentement, il n’y a personne après moi dans la liste, mais s’il y a une québécoise qui passe ici et qui aimerait le lire, je me ferai un plaisir de lui envoyer, pour que cette belle aventure livresque se poursuive !

Bien.

Bien.

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8 Réponses to “On ne peut pas lutter contre le système de J. Heska”

  1. Nathalie 24 janvier 2014 à 16:03 #

    « Petit train va loin »… et petit panda aussi ? 😉

    Je suis globalement d’accord avec ton avis, comme tu le sais, sauf qu’en ce qui me concerne, le manque de réalisme ne m’a pas dérangée. Il y a quelque chose dans ce roman, je ne saurais plus dire quoi je dois bien l’avouer, mais quelque chose qui m’a donné l’impression dès le départ que c’était plutôt une sorte de fable, que l’auteur ne se prenait pas au sérieux, qu’il s’amusait un peu avec le thriller et les thèmes super-sérieux qu’il aborde, sans vraiment jouer tout à fait le jeu. Peumenais un peu ? Franchement je ne sais plus ce qui m’a donné cette impression mais du coup, j’ai parcouru ce livre en sachant qu’il ne fallait pas trop s’attarder sur le réalisme, que c’était avant tout voulu comme un divertissement presque léger. Et c’est ainsi que je m’en souviens maintenant.

    • Merkillia 24 janvier 2014 à 16:40 #

      Probablement que si j’avais abordé cette lecture avec le même état d’esprit que toi, j’aurais davantage apprécié. Ceci dit, ce manque de réalisme n’a pas non plus gâché ma lecture. C’est plutôt après coup, une fois que ma lecture a été finie, que cela m’a fait sourcillé. ^^

      • Nathalie 25 janvier 2014 à 05:58 #

        Je viens de relire mon commentaire et j’y trouve cette superbe phrase : « Peumenais un peu ? » J’ai l’impression que mon clavier a avalé un bout (mon chat s’est baladé sur mon ordi à ce moment-là, ça doit être ça). En fait je voulais dire « Peut-être parce que je le connais un peu sur le réseaux sociaux ? » Comme ça, le mystère est levé, au cas où tu te posais la question 🙂

        • Merkillia 25 janvier 2014 à 11:33 #

          En effet, j’avoue que j’ai relu plusieurs fois ce passage sans rien n’y comprendre ! XD J’ai fini par conclure que ça devait une obscure expression française. 😛 Merci pour l’éclaircissement. 😀

  2. BooksOfShadow 24 janvier 2014 à 19:46 #

    Je me retrouve dans ta résolution d’oser davantage dans la vie, c’est justement ma résolution de cette année, que j’espère bien tenir, pour une fois !

    Ce que tu ajoutes sur les dialogues est tout à fait vrai, je me perdais aussi souvent dans ceux-ci, ne sachant plus qui disait quoi .

    Et dans mon cas, mon idée de prise de tête c’est que j’ai eu un peu de difficultés avec les sujets au début, c’était spécial, des sujets auxquels je ne suis pas habitué, mais je me suis réajusté au long de la lecture . ^^

    • Merkillia 24 janvier 2014 à 20:37 #

      Oser davantage n’est pas facile quand on n’est pas habituée et par-dessus le marché timide, mais c’est en y allant avec de petites choses pour commencer qu’on réussit progressivement à aller vers de grandes choses. Surtout, il faut valoriser les actions qu’on pose, aussi petites soient-elles.

      Pour en revenir au livre, je comprends que de tels sujets peuvent déstabiliser quand on n’est pas familier avec eux. ^^

  3. nymeria 25 janvier 2014 à 16:14 #

    C’est bien d’essayer de nouvelles choses. Même si le résultat final n’est pas positif, ça reste une expérience enrichissante ^^ Chaque petit pas est une chose à valoriser en soi.

    En tout cas, le roman a le mérite de faire réfléchir, c’est tout benef’ 😉

  4. Lau1307 3 février 2014 à 12:44 #

    Oser davantage, ça m’arrive quelques fois, avec les livres (et pas assez dans ma vie personnelle ;p) et souvent j’ai de bien belles surprises (ou non), comme ce fut le cas pour ce roman-ci. Il vaut quand même le détour, malgré les quelques points négatifs soulignés dans ton avis. =)

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